Portrait des meufs les plus cool du rock indé : HINDS

« On s’est levée ce matin à 5h à Bruxelles. 5H45 en réalité. On devait aller à Londres. On a attendu une heure sur un parking. Nous étions à l’ambassade américaine pendant deux heures. On part pour les US dans une semaine. Et ce soir nous sommes là. » 

C’est à Paris au Badaboum, le soir même que nous avons rencontré les filles du groupe Hinds« Aujourd’hui, on a une journée très très longue. » nous dit Ana, assise à coté de Carlotta et Amber. Pour une histoire de passeport, elles ont du répondre aux questions de l’ambassade américaine avant de filer à Paris. Pas le temps de balancer, ni même de prendre une douche, elles répondent malgré tout à notre interview, avec un immuable sourire aux lèvres qui nous font totalement oublier les cernes perceptibles. La vie de tournée. « Ne le dites pas à ma mère, car si elle savait, elle me dirait d’arrêter car cette vie est folle. »

« Les vidéos de nos premiers concerts, c’est un peu comme ta mère qui posterait quelque chose d’honteux sur ton mur facebook. »

Tout droit venues de Madrid, Hinds, ce sont quatres filles qui connaissent un succès international sur les chemins du rock indé, aux cotés de leurs idoles, désormais collègues (Mac Demarco, Ty Seagall). En 2011, elles sortent deux chansons – deux démos enregistrées avec des copains. Le soir même, elles reçoivent un message du NME, l’influent magazine anglais. Très vite, elles partent à Londres. « On a joué davantage en Angleterre qu’en Espagne ! ». Après une petite interruption, elles reprennent les concerts en 2014 et enchaînent un nombre incroyable de dates, du Japon à la Thaïlande, de l’Australie au continent nord-américain. On leur demande si finalement, tout ça n’est pas trop effrayant de se retrouver si rapidement partout. « Non ! » Bien sur, la tournée, Hinds la vit à fond. « On ne connaissait rien, on avait pas fait de live encore. On commençait à partir de rien du tout. Mais on a pas eu peur. À notre premier concert à Londres, il y a eu tellement de vidéos que le deuxième était complet. Mais tout ça, c’était il y a deux ans. » 

Depuis il y a eu du chemin parcouru, de l’assurance forcément. « Les vidéos de nos premiers concerts, c’est un peu comme ta mère qui posterait quelque chose d’honteux sur ton mur facebook. » En 2015, elles sortent un premier EP « The Very Best Of Hinds So Far ». Cette année, c’est un album : « Leave Me Alone » sur Burger Records. À l’occasion du Record Day, elles sortent un co-clip - avec The Parrots, un groupe from Madrid également, des potes – il s’agit une reprise du titre des Thee Headcoat, Davey Crockett qu’on ne se lassera jamais d’écouter de toute notre vie. Ça bouge à Madrid, et plus généralement en Espagne depuis le développement des festivals comme Bénicassim ou Primavera, la fièvre espagnole comme le titrait Libé à la sortie de l’album, une jeunesse qui écoute du rock anglo-saxon à longueurs de journées. « On traine ensemble, on vit ensemble, on se connaît. » N’empêche qu’Hinds apporte un vent de fraîcheur dans ce rock garage anglo-saxon. « Je pense que si on ferme les yeux et qu’on écoute notre musique, il y a un certainement un peu de soleil. » L’Espagne, c’est la Californie.

On a souvent des questions du genre : vous chantez en anglais alors que vous venez d’Espagne ? Oh ’Shakira’. 

Ce lundi 29 février n’est pas un jour comme les autre pour les Hinds. Pas parce que ce jour existe une fois tous les quatre ans. Il est particulier parce qu’elles semblent avoir vécu un véritable moment de tournée. Fatiguées ? Ana raconte leur folle journée entre deux chansons. Le public est conquis, il est complice. La foule saute, se masse, se marre de joie devant la scène. Il les adore. Elles sourient encore et toujours. « On nous dit souvent qu’on est des ’Girls Just Wanna Have Fun’. Mais comment pouvez vous avoir une putain d’idée de ce que nous avons envie de faire ? C’est comme si on ne pouvait pas réfléchir parce qu’on sourit. » Un sourire n’est pas un gage de naïveté, il est l’expression même de l’esprit rock et transgressif de Hinds. « On a souvent des questions du genre : vous chantez en anglais alors que vous venez d’Espagne ? Oh ’Shakira’. » 

Le rapport avec leurs fans ? Beaucoup de proximité avec eux, accessibles, comme des potes. « On avait une interview en backstage à Londres avec un garçon, très jeune. Il était extrêmement nerveux. Ses questions ont commencé à être très étranges du genre : quel est votre parfum de glace préféré ? Et on a vu que le gars n’enregistrait pas la discussion sur son téléphone, mais qu’il trainait sur Facebook. C’était juste un fan, un peu chelou. » dit-elles en riant. Le concert se termine. Avant de reprendre la route pour une dernière date européenne à Toulouse et un avion pour les États-Unis, elles nous lâchent quelques mots devant le van de tournée « cette journée était incroyable ». Hinds on top.

 


Dans l’ordre