L’impératrice - Sonate pacifique

Quand un groupe doué fait parler de lui, il est de bon ton de crier sur tous les toits « qu’on les suivait depuis le début ». Vous savez quoi ? PiiAF suit L’impératrice depuis le début.

« Nous sommes l’Impératrice » : la voix est suave et la mèche lissée au sel de mer, ce qui ne gâte rien quand on est un-jeune-groupe-français-qui-monte, et vient comme une caresse au milieu ou à la fin de leurs lives. Mais si PiiAF se tortille comme une groupie devant les protégés de Cracki Records, c’est parce qu’ils nous renvoient à une époque où nous étions encore dans le nid : la musique urbaine des années 80, celle du synthé roi de Moroder et Edwin Starr, que la scène française, de Daft Punk à Breakbot en passant par Kavinsky, n’a plus peur de citer comme influence tutélaire. Et c’est une très bonne chose pour la culture générale du mélomane en herbe : les années 80, ce n’est pas qu’Emile & Images et la BO de tout bal des pompiers qui se respecte. De la funk oui, mais de la funk érudite.

C’est aussi en cela que le dernier EP de l’Impératrice est un ravissement nostalgique. L’oreille bercée aux sons de Lalo Schifrin ou de Tangerine Dream (réécoutez donc la BO de Thief de Michael Mann, l’une des matrices de Drive) s’y retrouve, et il faut quelques secondes pour s’imaginer dans une villa d’architecte face à l’immensité de Los Angeles et aux miroitements d’une piscine de David Hockney. Le premier titre, A view to a kill, est à la fois hommage à l’élégance de 007 et au timbre des vinyls de la musique black. La fin de Sonate Pacifique sample d’ailleurs avec bonne humeur le Be thankful de William DeVaughn ; Aquadanse fait monter le nombre de pulsations par seconde et lorgne du côté de Norman Connors ou Nile Rodgers ; l’ensemble renoue malgré tout avec les sonorités à la fois planantes et… aquatiques que l’Impératrice nous a faits aimer.

Et si cela ne suffisait pas, on ne peut qu’écouter avec bienveillance un EP qui n’est pas composé de trois ou quatre « idées » musicales à la suite, mais qui propose une cohérence symphonique. Histoire de prouver aux grincheux que les jeunes-groupes-qui-montent réfléchissent parfois comme leurs glorieux anciens et font le pari de proposer à leur public un tout supérieur à ses parties. Et si vous n’avez pas suivi l’Impératrice depuis le début, PiiAF ne vous en voudra pas (trop) : leur EP est actuellement sur nos ondes, et l’Impératrice elle-même, avec sa robe, son diadème et un public de plus en plus nombreux seront au Point Ephémère le 18 octobre. Et
​PiiAF aussi, en espérant croiser son regard entre la scène et le vestiaire.

 


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