Autour de lenparrot

Un bon label est un label dont on attend les nouvelles sorties avec la certitude qu’elles finiront à un moment ou un autre sur notre étagère parce que justement ce fut le cas des précédentes. Et, quand une relation de confiance est durablement établie, même les sorties audacieuses qui ne percuteraient pas sur le coup votre oreille sont bénéfiques, à l’instar des épreuves qui renforceraient une amitié. Parce que c'est ainsi que devrait s'apprécier la musique, en prenant son temps. Voilà que le prochain EP de Lenparrot, ou Romain Lallement à la ville, va sortir chez Atelier Ciseaux, et bien que je connaissais sa musique avant, savoir qu’il était signé sur ce label m’a encore plus donné envie de découvrir l'artiste et de le questionner sur son univers. En voici un aperçu. Lenparrot, la genèse. Qui, quoi, d'où, qu'est-ce  ?

 

Quelles sont les personnes qui entourent ton projet et qui permettent son existence ?

J'ai débuté Lenparrot été 2013 - quelques chansons ont émergé après une certaine période d'inactivité. Une difficulté à tourner la page après que Pol Tessier ait quitté Rhum for Pauline. J'avais fondé ce groupe avec lui, ça remettait pas mal de choses en question pour moi - notamment le principe même d'écrire.

En y revenant, j'explorais de nouveaux procédés : ne plus se contenter d'un piano-voix, mais dessiner une matrice complète via ordinateur, avoir toutes les parties composées. Cela permettait d'affiner une esthétique, qui dès lors se voulait plus froide.

Lenparrot est un projet solo dans le sens où j'écris et compose tout, mais j'ai autour de moi des partenaires indispensables. Olivier Deniaud, avec qui je peaufine les arrangements de chaque titre - et qui m'accompagne sur scène. Maethelvin, qui a mixé et produit mon premier EP. Je peux également citer Anoraak qui fut un allié de la première heure - avec qui j'ai enregistré toutes les voix d'{Aquoibonism}. Et le duo À Deux Doigts, qui assure toute l'esthétique visuelle de ce projet.

Lenparrot est l'un des multiples projets musicaux que tu développes. Arrives-tu à en vivre ? Si non, qui es-tu le jour ?

Oui, parallèlement à Lenparrot je suis le chanteur de Rhum for Pauline - et j'accompagne Pegase aux claviers et aux chœurs sur scène. Je n'arrive pas encore à en vivre pleinement - je ne suis pourtant pas passé loin d'une intermittence lors de la tournée Pegase l'année dernière.

J'ai travaillé près de 4 ans comme barman dans un café, dans lequel j'organisais également des concerts et des DJ sets. Je viens tout juste d'arrêter, afin de me consacrer pleinement à la musique. Ça m'effraie un peu, mais j'aurais regretté de ne pas faire ce choix.

On peut lire sur internet que l'idée de Lenparrot t'est venue d'un titre de Baxter Dury. De quel titre s'agit-il ?

Il s'agit du titre Len Parrot's Memorial Lift, issu de l'album éponyme. Je voue une affection infinie à cet album. Il est indissociable d'un grand nombre de souvenirs. La production te plonge à chaque fois dans une atmosphère de fin de nuit - une rêverie à la Lou Reed (à qui il pique une phrase d'Oh, Sweet Nuthin' dans son titre Oscar Brown.


 

Ton EP va sortir chez Atelier Ciseaux, qu'est-ce qui t'a plu dans l'idée de cette collaboration ?

Tout (rires) ! J'ai découvert Atelier Ciseaux lors du premier album de Tops - c'est eux qui assuraient l'édition vinyle en Europe. Leur catalogue était déjà très élégant, entre Dead Gaze et Amen Dunes... Puis j'ai eu l'occasion de rencontrer Rémi (Laffitte, fondateur d'AC) lorsque Police des Mœurs avait joué à Nantes - il s'était improvisé roadie pour leur tournée européenne. À la sortie des 'Yeux en Cavale' je suis revenu vers lui, car son label constituait une maison idéale pour mon projet.

Humainement, nous nous entendons très bien. Et puis c'est grisant de se dire que tu rejoins une structure que tu admires ! Atelier Ciseaux a tout d'un label montréalais, si ce n'est qu'il est basé à Lyon - et pour se voir, c'est tout de même plus simple (rires) !

Pourquoi est-ce que tu dis qu'Atelier Ciseaux a tout d'un label montréalais ? Quelles différences tu vois entre les labels montréalais et les labels français ?

Atelier Ciseaux a tout d'un label montréalais... déjà parce qu'il comprend beaucoup de groupes de Montréal (rires) ! C'est en cela qu'il dénote de pas mal de labels français. Non pas que je les boude, ce que font des labels comme Tricatel, Midnight Special ou Clapping Music est admirable. Mais Rémi ne se soucie pas de la question des frontières. Montréal, il y a vécu - il garde encore ses oreilles affûtées sur tout le vivier qui y gravite. 
Quand il a un coup de cœur, le groupe peut bien vivre à Toronto ou Melun : ça n'a pas d'importance tant que la musique lui plait.

Rémi Laffitte (fondateur d'Atelier Ciseaux) : J'ai vécu quasi 3 ans à Montréal donc forcément j'ai un peu plus d'affection pour Montréal que pour Melun (même s'ils ont un super skatepark) mais je crois que même si je n'étais jamais sorti de ma Drôme natale, le label aurait sans doute eu la même "vision"/ "envie". J'aime cette notion de "sans frontière". Comme je le dis souvent, le principal pour AC est de sortir et de défendre des groupes/ disques que nous aimons. Je ne souhaite pas non plus tomber dans l'émotion géographique. Si Vesuvio Solo ou Tops venaient de Melun, ça m'aurait totalement branché pareil...

Quelles sont les choses, les moments qui t'inspirent quant à la composition et à l'écriture de ta musique ?

Ce sont souvent des choses vues, entendues - qui me servent de supports pour travailler. Des réminescences - ce peut être un film, un souvenir de voyage. Aquoibonism est composé essentiellement de ça : vous y trouvez deux films et trois souvenirs (rires) !

En partant d'images, de bribes de mélodie ou de parole, je couds le reste du morceau en tâchant de déployer un imaginaire autour de ce dont je me souviens. De brouiller la frontière entre ce qui tient du souvenir et ce qui est inventé. La chanson est un endroit idéal pour faire ça.

Un endroit et un moment de la journée où tu préfères créer ?

Sur le piano de mon salon, à n'importe quelle heure. J'aime bien m'y mettre aux alentours de 17h, car si je tiens quelque chose je peux passer la soirée à l'enregistrer. Sinon, c'est lors de voyages que je guette la moindre trouvaille - une couleur, une image, un tableau si je visite un musée. Si ça en vaut la peine, elle rumine un temps dans ma tête avant que je la ressorte, souvent déformée par la mémoire - pour en faire quelque chose.

A l'image de ta musique, l'univers graphique créé par le collectif 'A deux doigts' est très raffiné. Comment les as-tu rencontrés et comment êtes vous venus à travailler ensemble ?

Grégoire, Anne et moi fréquentions les mêmes lieux depuis des années sans jamais s'être vraiment adressé la parole. C'est en tombant sur un numéro de Kostar (un agenda culturel nantais) qu'ils avaient illustré que j'ai découvert leur travail - je suis tombé sous le charme. Nous avons alors fait connaissance, et les connections entre ma musique et leur dessin ont agréablement fonctionné.

Ce sont depuis devenus des amis très proches, et nous avons une facilité à nous mettre d'accord sur les directions esthétiques à adopter lors de nos échanges. À tel point que leur travail a désormais une influence sur ma manière de composer. Ils m'aident à creuser mon univers.

Le disque qui tourne en boucle chez toi en ce moment ?

Conflict Nkru d'Ebo Taylor. Cela faisait un bail que je voulais l'acquérir, j'ai récemment craqué. 'Love & Death' est une bande-son idéale quand le printemps revient.

Quelle est ta madeleine musicale ?  A quel souvenir te renvoie-t-elle ?

N'importe quel morceau de Queen. Vers mes 5 ans, j'ai délaissé Henri Dès pour Freddie Mercury, et ça m'a suivi jusqu'à mon adolescence. C'était véritablement mon idole, il a contribué au fait que je sois devenu chanteur. {Don't Stop Me Now } particulièrement, me replonge totalement en enfance - c'est la bande-son de nos trajets en voiture l'été.

Le morceau que tu aimerais reprendre sur scène ?

Tin Man d'America - autre immense souvenir d'enfance. C'était un disque que mon beau-père écoutait beaucoup, un live d'eux datant de 1977 que j'ai toujours trouvé beau - contrairement à leurs albums studio qui sonnent terriblement défraîchis.

Un livre de chevet - celui qui tu emmènerais sur une île déserte ?

Comme un gant de velours pris dans la fonte de Daniel Clowes. Je sais pas si ça compte, car c'est un roman graphique. Mais j'ai rarement été aussi impressionné par un bouquin. C'est rude et envoûtant, comme une histoire de Lynch.

Y a-t-il une personne, que tu l'aies rencontrée ou non, qui ait particulièrement influencé ce que tu fais aujourd'hui ?

Oui, j'ai fait la connaissance de Christophe Chassol l'année dernière. {Indiamore} fut une réelle révélation. Je suis fasciné par son procédé d'écriture - cette volonté d'harmoniser le réel. Sans vouloir moi-même faire ce qu'il appelle des {ultrascores}, je pense être très influencé par les couleurs harmoniques qu'il offre à ses compositions.

Si tu ne faisais pas de la musique, tu t'imaginerais en ... ?

En animateur radio ! Je vois les mecs de La Souterraine sur Radio Campus Paris, ç'a l'air génial : ils ont un label fantastique, passent la musique qu'ils aiment et invitent des groupes d'enfer en session acoustique.

 
Lenparrot sera en concert à travers la France :

- Vendredi 24 Avril 2015 -  Le Lieu Unique - Nantes
- Mercredi 29 Avril 2015   Fuzz'yon - La Roche-sur-Yon
- Mercredi 06 Mai 2015   La Gaîté Lyrique - Paris
- Jeudi 11 Juin 2015   Big Bang Cafe - Caen
- Mercredi 08 Juillet  2015    L'Espace B - Paris

Son EP Aquoibonism sortira le 5 mai chez Atelier Ciseaux, dont le fondateur, Rémi Laffitte, fut par ailleurs l'invité de Marie la Nuit en octobre dernier. Réécoutez l'émission ici.

A écouter pour prolonger l'interview :

Len Parrot's Memorial Lift - Baxter Dury
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Queen - Don't Stop Me Now
 
 

Ebo Taylor - Love and Death


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