Nusky et Vaati : interview + live autour de la sortie de Bluh

A l'occasion de la sortie de Bluh, leur dernier EP, Nusky et Vaati sont venus au studio pour un entretien et un live exclusifs.

Pour prendre vos places pour le concert de Mercredi c'est ici

Lorsqu'ils se sont rencontrés, en 2014, Nusky et Vaati avaient 17 et 19 ans, et faisaient déjà de la musique. Ils évoluaient respectivement au sein de La Race Canine et Kaïoshin, deux collectifs de rap de qualité qui leur ont permis de construire leur style.

Lecce, leur premier projet commun sorti en 2014, est un EP de trois titres qui réunissait déjà les éléments qui font la particularité des deux artistes, mais aussi celle de leur association : des compositions abouties, sans aucun sample, faites par Vaati, des harmonies 80's, une récurrence du clavier, et le flow de Nusky, très incarné, qui porte des textes souvent personnels, du moins introspectifs.

Chez PiiAF, nous diffusons Nusky et Vaati depuis leur deuxième EP, SWUH, sorti en juillet 2015, et sur lequel nous avions découvert des tracks incontournables comme "Katsumi" ou "Fantôme".

Leur dernier EP, BLUH, sort aujourd'hui. Il s'agit d'une somme parfaitement équilibrée de leurs singularités. D'un côté, le groove dansant, ultra 80's des prods de Vaati, de l'autre, le flow délité, délicat et mélodique de Nusky.

La release party de l'EP aura lieu le 1er Mars au Badaboum à Paris. En attendant, Nusky et Vaati sont venus chez nous pour discuter de tout ça, avant de lâcher un live très chaud. 

Lancelot  : On vient d'écouter un extrait de « Aux Souvenirs Oubliés » qui est le 1er extrait de l'EP. Il y est question d'une époque un peu passée, révolue, qui est celle de l'école, des oinj entre potes, et du fait que petit à petit, on finit par oublier ces souvenirs. Est-ce que vous avez la sensation qu'il y a une partie de vous qui disparaît, une partie de votre adolescence qui part ? 

Nusky : Cette chanson, elle part d'un sentiment, celui de marcher dans la rue, parfois, de repasser devant des endroits et de se rappeler tout d'un coup de tout ce qui s'y est passé, et de réaliser qu'on avait oublié en fait. Et ouais, je pense que ça fait partie de nous d'oublier des bons trucs, des mauvais trucs mais en tout cas faire des choix. On est obligés, je pense, d'oublier pour avancer. 

Lancelot : C'est vrai que vous êtes à un âge (Nusky a 22 et Vaati 20), et encore plus par votre métier qui prend une réalité hyper importante maintenant, où ça change, où on fait des choix. Votre EP évoque le changement, et c'est très visible aussi dans le clip de "Aux Souvenirs Oubliés".

Nusky : Le clip a sublimé le propos mais je crois que c'est un peu notre génération. Les gens qui ont mon âge sont tous un peu nostalgiques. Finalement on parle un peu de mélancolie et d'amour, des trucs qui se sont plus ou moins bien passés. C'est ça qui est important aujourd'hui parce que le monde est foutu, il va super mal alors on essaye d'oublier. 

Lancelot : C'est vrai, cette mélancolie se voit souvent chez les artistes qui viennent ici. Et puis c'est plutôt une jolie manière de voir ce monde qui change. La mélancolie c'est quelque chose de très artistique, de très inspirant.

C'est votre 3ème projet, on peut dire que c'est un peu le vrai truc, même si c'était le vrai truc avant. Maintenant que vous entrez vraiment dans ce métier, que vous avez toute une équipe autour de vous, que vous faites plein de trucs super sérieux, est-ce que le monde de la musique ressemble à ce que vous imaginiez ? 

Vaati : Ca fait un petit moment qu'on fantasme dessus parce que tout ça vient d'un rêve, celui de faire de la musique et d'en vivre, qui naît quand on est très jeunes, quand on est enfants. On était pas au courant que ce serait aussi gros, l'entourage professionnel et tout, petit à petit on se le monte, et c'est très pratique. 

Lancelot : Il y a pas mal de conversations autour du rap qui change en ce moment, qui se libère, qui est incarné par des nouveaux profils, des nouveaux gens, influencé par internet, on en parle beaucoup autour de votre projet. Est-ce que ce sont des conversations qui vous intéressent ?

Nusky : Finalement pas tellement je crois. 

Vaati : Moi ça m'intéresse pas. 

Nusky : On remarque, on est conscient de tout mais je crois que finalement, on veut juste le vivre et puis on se pose pas trop de questions sur les termes exacts et tout. Je crois que c'est un peu parler dans le vent que d'essayer de mettre des termes là-dessus, parce que c'est vachement n'importe quoi en fait. 

Vaati : Le problème, c'est que les médias passent beaucoup de temps à dire que le rap change quand ils reçoivent un artiste. Du coup, à force de dire ça on oublie de parler du projet en fait. On dit juste qu'il est différent. C'est cool mais on peut peut-être parler de l'artiste plutôt que de dire simplement : « c'est différent, ça casse les codes ». Et puis je crois pas qu'il y ait tellement de codes. Nous quand on est en duo et qu'on fait telles choses, on casse pas de codes, on le fait juste et voilà. On apprend qu'on a cassé les codes quand on nous le dit en interview mais sinon on était pas conscient de ça avant. 

Lancelot : Il y a une semaine, on vous avez demandé de nous donner une playlist chacun qui plongerait un peu dans vos influences.

Vaati : C'était très marrant à faire, moi j'aime beaucoup cet exercice. 

Lancelot : Nusky, il y a un truc qui était intéressant dans tes choix, c'est celui de la chanson « Amoureux » de The Pirouettes. C'est clairement un groupe de pop, qui est en même temps entouré d'une ambiance très hip-hop. Et j'ai l'impression que, d'un côté du game il y a les Pirouettes, de l'autre Nusky & Vaati, et qu'au milieu il y a une espèce de territoire où vous vous rejoignez, et où une partie de la musique contemporaine se trouve.

Nusky : Ça me plait ça. J'aime beaucoup ce regroupement finalement. 

Lancelot : Écoutons un extrait de Amoureux pour se rendre compte. 

 

Lancelot : Vaati, je te voyais kiffer sur la prod, je trouve qu'elle est pas très très loin, dans les inspirations, de ce que toi aussi tu peux faire. Y a un côté 80's, pointu, contemporain. 

Vaati : Ils aiment beaucoup les années 80 je crois, les Pirouettes. 

Lancelot : Ouais et je pense que toi aussi ?

Vaati : J'adore ! 

Lancelot : Donc ça se retrouve pas mal. J'ai vu que t'avais dis que les Doors et Ray Manzarek en particulier t'avaient vachement influencé ? 

Vaati : Ca c'est plus Nusky !

Lancelot : Ah, parce que sur France Inter ils ont dit que c'était toi ! 

Vaati : Ah mince, bah alors ils nous confondent les gens. On a pas mal d'influences en commun mais les Doors c'est plus le truc de Nusky, moi j'ai moins écouté. 

Nusky : Ouais on écoutait ça justement la semaine dernière, on a écouté L.A. Woman


Crédit photo : Julie Oona

Lancelot : Mais pourtant, je trouve qu'il y a certains solos sur l'EP, notamment la chanson « Shhh », où il y a une ambiance très Manzarek, une ambiance limite solo de jazz. 

Nusky : Ouais y a un truc quand même, c'est vrai. 

Lancelot : T'écoutes du jazz ? 

Vaati : Ouais j'suis fan de jazz ! 

Lancelot : On va réécouter un extrait de "Legacy", pour se rendre compte de ce que tu fais, toi, en dehors de votre projet à tous les deux. C'est d'ailleurs sur un EP qui s'appelle « Adventures » où vous avez fait un feat qui s'appelle « Goodbye ».

Applaudissements, Vaati vient de jouer en live sur son propre morceau.

Lancelot : Est-ce que c'est important pour vous qu'il y est un récit dans vos chansons ? 

Nusky : Ouais mais un récit un peu informel, un récit un peu abstrait. Mais oui c'est important qu'il y ait des histoires. 

Lancelot : Est-ce que sur cet EP là, il y a aussi, entre les titres, un truc qui se suit ou en tout cas ça pourrait être clippé de cette manière là, ou c'est pas l'idée ? 

Vaati : Ca pourrait mais c'est pas le cas, en tout cas dans les clips. En tout cas, on veut que les chansons soient cohérentes entre elles au sein d'un même EP. Mais là on a pas choisi beaucoup des clips qui se suivent. Ca limite un peu de faire ça aussi je trouve.  Mais c'est intéressant. 

Lancelot : En tant que groupe, comment ça se passe au niveau des intentions ? Je parle surtout des textes qui sont très incarnés. Nusky tu consultes Vaati ? Et toi Vaati, tu te sens concerné par les textes de Nusky, vous en parlez ensemble ? 

Vaati : Je me sens concerné. En fait il me consulte pas tant que ça parce que moi je suis fan de lui, j'aime beaucoup ce qu'il fait. Mais je me sens concerné dans le sens où c'est un peu le même humain que moi vis à vis des émotions et des sentiments de la vie. Et du coup quand quelque chose le touche et qu'il fait une chanson dessus, généralement je vois très bien ce qu'il veut dire en termes de sensations et de sentiments et ça me parle, comme à beaucoup d'humains je pense d'ailleurs. 

Nusky : Le but c'est d'être vrai. Si je suis vrai alors normalement la part vraie de quelqu'un d'autre devrait être touchée. Mais c'est dur d'être vrai et je mens aussi, mais tout le monde ment. J'aimerais bien que ça touche tout le monde, c'est ça mon but quand j'écris. 

Lancelot : Vous travaillez comment ? C'est toujours la musique d'abord, le texte ensuite ? 

Nusky : Quand même, la musique pose une grosse base de la chanson. 

Vaati : Bah en fait ouais comme Nusky écrit beaucoup en mélodie, il lui faut ma suite d'accords pour trouver ses mélodies. Généralement la musique vient un peu avant oui quand même. 

Lancelot : C'est ce que j'allais demander parce que ce sont des textes qui sont chantés pour la plupart des cas. Les mélodies c'est toi qui les compose Nusky ? 

Nusky : Ca arrive qu'on taffe un peu ensemble, qu'il me donne une idée et que je la fasse. Et qu'il me dise que ça ça lui plait pas, mais autant que moi ça arrive que je lui dise : « ah ce petit truc ça me plait pas ». Et ouais on échange sur nos idées respectives, et j'essaye d'apporter ma petite mélodie oui. 

Vaati : Amplement maintenant ! Les refrains on les travaille souvent ensemble mais les couplets qui sont plus longs, là j'interviens quasiment pas. C'est ses mélodies à lui et souvent c'est un tout. Il est quand même très très indépendant sur les mélodies.

 
Crédit photo : Julie Oona

Lancelot : Comment ça se passe sur scène ? Toi Vaati tu joues plusieurs instruments ? 

Vaati : Oui moi j'ai 2 claviers, puis ma guitare et un MPD sur lequel je fais des jolis filtres. 

Lancelot : Et toi Nusky tu restes au micro ? 

Nusky : Oui, moi je suis au micro. 

Lancelot : Tu me parlais il y a 2 minutes de Jim Morrison et de sa manière d'incarner des moments, d'avoir une grande spontanéité sur scène. J'avais lu que des mecs comme Joe Cocker avaient pu t'influencer aussi. La scène doit être à chaque fois différente pour toi?

Nusky : Ouais j'aime bien, après il y a aussi un côté égoïste là dedans, dans l'idée de changer sa chanson juste pour que toi elle te plaise ce soir là. C'est vrai que ça fait partie du truc, j'ai du mal à être vraiment le même tous les soirs sur scène, c'est vraiment dur. C'est ce que me plaît en tout cas dans le rock, quand on parlait de Jim Morrison. C'est ce qui me plait ! C'est que sur une prise on sent que le truc tourne depuis 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 minutes et que à la 8ème minute il fait le truc qui fait le son. Ce côté « trésor », on a trouvé le truc on pourra plus le toucher, ça me plait ouais. 

Lancelot : Vous allez nous chanter 3 titres en live maintenant, je voudrais vous poser une dernière question avant : imaginons que ça parte vraiment loin toute cette histoire, que ce soit un truc monstrueux. Quelles sont les choses que vous vous dites ? Est-ce que vous vous dites des trucs ? 

Nusky : Ce qu'on se dit en tout cas c'est que nous deux on fait ce qu'on fait nous deux, et que ça concerne nous deux, et qu'après, ça concerne aussi tout le monde. Mais qu'il faut qu'on reste ensemble quoi. 

Vaati : C'est important surtout quand on commence à être entouré par plein de gens. Tout le monde dit : « moi je pense ceci de cette musique, de ce morceau à tel moment ». T'as plein d'avis et en fait tu peux pas tous les écouter c'est impossible, sinon tu fais de la musique avec tout ton label, c'est pas possible à ce point là. Du coup des fois on en parle et on se dit qu'il faut bien considérer qu'on fait ce qu'on veut dans notre chambre, et après on commercialise les musiques et là on fait appel à notre sublime équipe. Mais on aime bien être un peu tous les deux. Mais je crois pas qu'on se le répète tant que ça pour le futur, on a pas si peur que ça.  

Nusky : Non le futur après c'est que du bonheur ! C'est une chance. Si on y arrive c'est ouf. Et on restera nous mêmes ou pas, changeons, devenons quelqu'un d'autre et revenons nous mêmes !

Lancelot : Merci d'être venus les gars, merci beaucoup. On va écouter 4 titres. 

Vous allez nous jouer quoi ? 

Vaati : On va faire « Dans mes bras », « Aux souvenirs oubliés », « Mon ange » et « Fantôme ». 



Dans l’ordre