Antoine à Cannes : Personal Shopper

Kristen Stewart incarne une styliste perdue entre deux mondes. Un film malade mais fascinant.

Étrange projet que celui porté par Olivier Assayas. Associer, par le biais de son personnage principal de styliste/medium, l'univers de la mode et le cinéma d'épouvante. Maureen travaille comme styliste perso pour une célébrité high-profile, Kyra. Le week-end, pour décompresser, elle se rend dans la maison de son frère Lewis, décédé depuis trois mois, pour tenter de déceler sa présence. Car oui, Maureen et son frère partageaient le même don de voyance leur permettant de communiquer avec les esprits.

La seule incongruité du pitch suffit à exercer un effet de fascination, qui perdure tout au long de la séance. Que regarde-t-on ? Poltergeist ? Un spin-off de Sils Maria ? Aucun des deux ? Où Assayas veut-il en venir ? Nulle part constitue malheureusement une hypothèse plausible. Mais on pourrait en trouver d'autres...

 

Parfois, l'intérêt qu'on peut porter pour un film se ramène à une simple question de détails : les mains de Kristen Stewart palpant d'une ferme sensualité les vêtements de créateurs destinés à sa clientèle comme pour sonder leur âme. Ou ses doigts pianotant avec dextérité sur son iPhone. Quelques jump scares pas mal troussés, tout compte fait. 

Plutôt qu'operer une fusion des deux univers, Assayas compartimente, et leur ménage un terrain neutre, celui du thriller. Le coeur du film, une longue séquence en Eurostar dans laquelle Maureen échange par SMS avec un mystérieux interlocuteur, se révèle épatante d'efficacité. Une des meilleures scènes du film repose d'ailleurs sur les étonnantes potentialités en terme de suspense du Mode Avion...

Par Kristen Stewart, elle-même Star midinette 2.0 avant de se reconvertir égérie de festival étranger, Assayas tente de dépeindre une génération de mutants, surconnectés, surinformés et indécis. Maureen se plaint à qui veut l'entendre de son travail, qu'elle considère comme étant vain et rabaissant. Mais elle ne peut résister au plaisir de dormir dans le lit de sa patronne après avoir enfilé une robe hors-de-prix. Malgré la fascination éprouvée pour un univers qu'elle n'arpente qu'à la marge (c'est sur Google Images qu'elle peut observer le fruit de son travail), Maureen prétend lui préférer le monde des esprits, qui dans le monde du film fait figure de vecteur d'expression artistique. Assayas invoque ainsi les esprits de la pionnière du surréalisme ? Hilma af Klimt ? et de Victor Hugo (par la grâce d'un réjouissant intermède à Jersey avec un caméo qui vaut le détour), deux artistes ayant flirté avec le spiritisme dans le but de stimuler leur créativité.

Malgré un si imposant patronnage, Assayas échoue à convaincre totalement. On choisira d'interpréter les quelques huées, principalement français, entendus à la fin de la projection de presse comme une preuve supplémentaire du courage dont fait preuve Assayas, capable d'exprimer ses intuitions et ses envies de cinéma avec une radicalité qui force le respect. Il n'est malheureusement pas aidé par un usage malheureux des effets numériques, et un final qui oscille entre la vacuité et la psychologie de bazar. Même si la tension et le suspense sont là, Assayas confirme son statut de grand cinéaste incapable de réaliser un grand film.

crédit photos cover : 20minutes.fr vignette : lexpress.fr


Dans l’ordre