Antoine à Cannes : Grave, le choc de la Semaine de la Critique

Le choc de la Semaine de la Critique est français, et c'est un film de genre. Il s'appelle Grave et aborde la question toujours épineuse de l'adolescence sous l'angle du cannibalisme. Rien de moins.

Les américains appellent ça un campus-movie. Justine, végétarienne convaincue, intègre une école de vétérinaire, où elle rejoint sa soeur aînée. À peine arrivée elle doit affronter la période de bizutage qui commence, et durera tout le long du métrage. Le film évoluera d'ailleurs au rythme des multiples "épreuves" qui attendent les petits nouveaux. À mesure qu'elle découvre la vie de campus, Justine doit apprendre à gérer des pulsions pour le moins dévorantes...

Grave constitue un petit miracle, et ce sur plusieurs aspects.

Déjà, il s'agit d'un premier film (un genre en soi, qui tire souvent son charme dans ses maladresses) qui ne donne à aucun moment l'impression d'en être un. Grave est à la fois tendu, bien tenu et d'une homogénéité tonale rare. Bien qu'il recycle à l'évidence des thèmes vus chez Claire Denis, Marina De Van ou bien sur David Cronenberg, le film de la jeune réalisatrice Julia Ducourneau opère l'exploit d'exister par lui-même, comme si de rien n'était, naturellement. 

L'autre exemple récent de campus-movie à la française, l'horripilant Crème de la Crème, joue plutôt en la faveur du film. Au camping d'HEC se substitue ici l'école vétérinaire qui constitue un sujet de cinéma véritablement original. Le campus, un monde en soi, avec ses codes de bizutages d'un autre temps, provoque une immédiate fascination.

Nous ne sommes pas en présence d'un film d'épouvante mais bien d'un film d'horreur, usant de métaphores pour le moins... percutantes pour traiter de questions telles que le passage à l'âge adulte, l'affirmation de soi ou le poids de l'hérédité. 

Manger l'autre, c'est se manger soi-même (ce que Justine est amenée à faire pour satisfaire sa faim soudaine et vorace). C'est nier sa propre humanité, basculer dans un état primaire que les codes sociaux - le système scolaire - ont vocation à encadrer, canaliser. Ces désirs on vocation à être dissimulés, voire étouffés. Justine et sa soeur remettent peu à peu en question ce contrat social tacite, ce qui constitue un spectacle pour le moins jouissif.

Il est des films d'une heure trente qui semblent en faire trois (surtout à Cannes). Ici, seulement 20 minutes pourraient s'être écoulées et on en redemande encore. La réussite de Grave peut être résumé par son twist final. Aussi puissant que plaisant. Légèrement abracadabrant, mais de la meilleure des façons.  


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